Hélène de Beauvoir

Ecrit de Jean-Paul Sartre

L’oeuvre qu’expose aujourd’hui Hélène de Beauvoir est l’aboutissement d’une longue recherche. Elle a découvert de bonne heure qu’en fabriquant des simulacres on échoue à attendre les choses; cependant elle aime trop chaleureusement la nature – forêts, jardins, lagunes plantes, animaux, corps hussains, pour renoncer à s’en inspirer; Entre les vaine contraintes de l’imitation et l’aridité de l’abstaction pure, elle a inventé son chemin. Répugnant aux trope-l’oeul, elle a délibéremnt retrouvé la naîveté des primitives qui inserivent leur inivers sur des surfaces planes; mais dans cet espace imaginaire, libéré des lois de la perspective, l’esquisse d’une fleur, d’un cheval, d’un oiseau, d’une femme, évoque la réqlité. Celle-ci, aussitôt indiquée se dérobe; elle hante la toile tout entière, mais s’y dissout; son existence ondances entre les formes nées d’une vision et celles que erée le sul jeu des pinceaux. Dans Alice au pays des merveilles, un chat se désintègre, abandonnant aux regards étonnés son seul sourire; ainsi dans les tableaux d’Hélène de Beauvoir, une joie, une angoisse eminent avec une saisissante evidence d’images don’t les conteurs ne sont pas traces. Rien de gratuity dans ces compositions eùu forme et fond, inventions et evocations s’entrepénètrent et se commandent; cependant, sous cette rigeur, perce une exhubérance heureuse au palisir de peindre et c’est pour uoi son oeuvre, tout en convainquant, séduit. Mais il faut savoir en dépasser l’apparente facilité. De meme que dans un poème les mots ne servent, chez Hélène de Beauvoir les ouleurs et les formes sont l’envers d’une absence: celle du monde qu’elle fait exister en ne le représentant pas.

Simone de Beauvoir a sour, le 13 décembre 1960

„Ma chére petite Poupette,

de toutes les letres que j’ai recues pour La force de l’ârge, c’est la tienne, et de loin, qui ,’a fait le plus de plasier. Moi aussi, tu sais, j’ai apprécié, j’apprécie le bonheur de t’avoir pour souer. Tu me dis des choses très justes sur la difficulté pour une femme de travailler etc. Mais tu peux vraiment te réjour, parce que tu as réussi ton coup; tous les gens qui viennent tombent en arrêt devant ton tableau. Il y a eu Violette Leducqui sent vraiment la peinture et Hélène Parmelin entre autres: Parmelin c’est ebtueèrement parce que c’est ka femme de Pignon, et comme Violette Leduc, elle a dit “Que c’est bien! De qui est-ce?” Alors en janvier, quand je le reverrai, je lui demanderai si Pignon ne pourrait pas t’appuyer pur des espositions etc.”

Philippe Soupault (Vernissage exposition GLAERIE „55“ 55 Rue de Seine Paris 12.02.1951

Pour un peintre aussi doué qu’Hélène de Beauvoir, il ne s’agit pas quand elle peint des tableaux de résoudre des problèmes. Mais, ce qui est plus important, elle fait des découvertes. Elle est exaltée par la lumière. Sans doute, devine-t-on qu’elle est parfois tentée par les simplifications; elle frôle meme parfois le danger de la sécheresse, par peur de trop aimer ce qu’elle a vu. Elle vondrait et elle y réussit, éviter la facilité qu’on nomme trop souvent la grâce ou le gracieux, ce aui séduirait au premier abord. Cependant elle attaint à la rigueur, sans paralyser sa sensibilité. Les trente-cinq toiles et les douze gravures qu’elle expose, nous appremment d’abord qu’elle est courageuse. Elle net riche pas, ce qui est rare chez un peintre, avec son sujet. On sent qu’elle a appris son metier très sûr en aimant passionnément peindre. Peut-on demeurer insensible à cette joie un peu austere de l’artiste qui, consciente des difficultés que lui oppose la technique, se réjouit de les vaincre? Ce qui marques a personnalité de peintre, c’est avant tout la force peu commune de la construction de ses toiles ou de ses gravures. On croirait, avec raison, me semble-t-il, qu’elle domine d’un seul coup tous les elements de son oeuvre. Elle réussit ainsi à imposer immédíatement un équilibre. Bien qu’il ne s’agisse jamais d’un jeu, Hélène de Beauvoir admet ses tableaux ne soient pas des exemples. Elle les considère comme des creations particulières, des oeuvres qui n’ont d’autre justification que d’avoir été concues sans arrière pensée. L’artiste, pretend Hélène de Beauvoir, n’a pas à prouver ni à expliquer, mais à imposer. Ainsi cette exposition qui reunite qu’une faible partie de l’oeuvre de l’artiste, qui ne reflète qu’une période de son existence, celle qu’elle v´cut au Maroc, nous apprend mieux qu’un étalage trop abundant, ce qui rend son talent si attachant et si rare la qualité non d’une toile prise au hazard, mais de la personnalité d’un peintre. Il n’échappera à aucun de ceux qui ragarderont ces quelques toiles et qui admireront ces gravures, que l’on peut non seulement apprécier l’oeuvre actuellement exposée, mais qu’on peut attendre beaucoup de ce uq’elle peindra dans l’avenir.

Hommage de Catherine Tasca
mercredi 4 juillet 2001

Avec la disparition d'Hélène de Beauvoir, nous perdons une artiste de très grand talent dont la vision du monde s'exprimait avec un égal bonheur dans la peinture, le dessin et la gravure sur burin. Son cheminement sur les voies de la création, qui comprend nécessairement une part de recueillement solitaire, ne l'avait pourtant jamais écartée d'une vive préoccupation pour le sort de ses contemporains et l'avenir de notre planète. Son œuvre apparaît comme un témoignage et une forme de lutte contre les oppressions sociales, politiques, mais aussi contre tout ce qui met en danger notre environnement. Elle était, comme sa sœur Simone de Beauvoir, un être épris de liberté qui, très tôt, s'était engagé avec passion dans le combat pour la défense des droits de la femme.

Hélène de Beauvoir